~ Nalphéa ~
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Je m'appelle Paolo Dicentras, j'ai 29 ans. Je suis d'origine brésilienne. J'ai vécu à Manacapuru jusqu'à ma majorité avec mes parents. Et il m'est arrivé une histoire incroyable…
Je venais d'avoir 18 ans, et depuis quelques temps, il régnait à la maison une ambiance pesante ; mes parents étaient, à ce moment-là, je crois, au bord du divorce. Ils ne se parlaient plus et se disputaient dés qu'ils se parlaient d'argent. Ils avaient du mal à financer mes études depuis que mon père avait perdu son travail, ma mère vendait des fruits sur les marchés et cela suffisait juste à couvrir les frais. Je ne supportais plus ça. Je voulais être indépendant, et m'assumer enfin tout seul pour soulager mes parents. J'étais donc décidé à partir, en France, un ami d'enfance avait déménagé depuis quelques années là-bas, il me disait que la vie y était plus facile et il avait réussi à y continuer ses études. Cette nouvelle vie en France, selon lui, était une renaissance. Cela me faisait rêver… Il m'avait assuré qu'il pouvait me loger, mais j'avais aussi l'intention de trouver un travail pour payer mes études, de même que je lui proposerais de participer aux frais supplémentaires que ma présence occasionnerait. Je préparai donc un sac, j'attendis que mes parents se couchent et je partis à la tombée de la nuit…
Je venais de quitter la maison, tout le monde s'était endormi, j'avais laissé une lettre qui expliquait les raisons de mon départ pour que mes parents ne s'inquiètent pas trop… J'allais enfin obtenir mon indépendance et cette idée me faisait frissonner de plaisir...
J'étais décidé à quitter cet enfer, je pensais que je n'aurais jamais assez de quoi vivre en restant au Brésil et je savais que je ne pourrais pas finir ma scolarité, faute de moyens. Je ne voulais pas être dans la même situation que mes parents dont le salaire couvrait tout juste leurs besoins. Ils n'avaient pas eu la même chance que moi, leurs parents n'avaient même pas pu leur payer la moitié de ce que j'avais et j'avais vraiment envie de réussir.
Cela faisait un moment que je marchais ce soir-là et j'avais perdu la notion du temps en réfléchissant… Tout ce que je savais, c'est qu'il fallait que je me rende à Santarém, là-bas je devais prendre un avion pour me rendre en France. C'est mon ami français Stefan qui avait organisé mon voyage, je ne savais pas pourquoi il fallait que j'aille si loin, après tout, l'aéroport de Manaus était plus prés. Mais j'ai compris plus tard que c'était d'abord à Manaus qu'on me chercherait… Il fallait que je longe le fleuve Amazone au cœur de la forêt tout au long du parcours et surtout je ne devais pas m'en éloigner.
Cette nuit-là, je l'ai passée dans une vieille ferme abandonnée qui se trouvait à Careiro, à quelques kilomètres de Manacapuru en bordure de la forêt amazonienne. Là où il n'y avait pas encore trop de végétation. Je n'avais pas envie d'avancer plus dans la forêt en pleine nuit car c'était inquiétant et je ne savais rien des animaux qui s'y trouvaient… De toute façon, j'avais besoin de repos, j'avais encore une longue route à faire avant d'arriver à l'aéroport.
J'observais longuement la vieille ferme avant d'y entrer. La porte ne tenait plus que par un seul gond, elle était toute vermoulue, et, quand je l'ouvris, une des planches s'écrasa au sol, lourdement… Je fis un pas, puis deux, lentement… Le plancher faisait un grincement terrible tant il était usé. Tant bien que mal, je m'installai dans un coin qui ressemblait à une ancienne chambre. J'eus beaucoup de mal à trouver le sommeil. Heureusement, le chuchotement de l'Amazone au loin finit par me bercer et m'endormir. Mais, dans la nuit, un bruit curieux me réveilla, suivi d'un crissement de feuilles, j'écoutai attentivement, je pensais que c'était un serpent et je partis à toute vitesse dans le noir total en ayant juste pris le temps d'empoigner mes affaires.
Je courus droit devant moi pendant de longues minutes, je trébuchai souvent et j'étais très essoufflé mais, dans ma précipitation, je m'étais éloigné de l'Amazone. Je n'entendais plus le moindre bruit, mis à part les cris des animaux nocturnes et le bruissement des feuilles dans les arbres. Je ne voyais absolument rien dans cette nuit noire, mais heureusement, j'avais prévu dans mes bagages une lampe torche. En l'allumant, j'observai tout autour de moi ; le paysage était différent, j'étais complètement désorienté, je ne reconnaissais plus rien, j'étais entouré d'arbres et la vieille ferme avait complètement disparue. Je m'étais ainsi enfoncé profondément dans la forêt amazonienne… Je n'avais plus qu'à marcher, droit devant moi, sans m'interrompre. Au petit matin, je pus enfin m'arrêter un instant, j'étais vraiment perdu. La végétation était maintenant tellement dense que je ne voyais pas où je posais le pied. Le soleil n'était pas encore levé. L'Amazone devait être bien loin à présent et l'inquiétude montait en moi. J'étais aussi terriblement épuisé de mon errance nocturne. J'entrepris donc de me trouver un endroit sûr pour me reposer… Peu après avoir trouvé l'endroit adéquat, dans le tronc d'un arbre creux, je m'assoupis et je commençai à rêver…
Mon rêve était très bizarre : il y avait des maisons aux toits de chaume - on aurait dit la vieille ferme - ainsi que des aborigènes autour d'un bon repas fumant, et des enfants qui jouaient autour d'un grand feu. J'entendais également des rires, probablement ceux des enfants. Mais ça, je n'en étais pas certain, car c'était différent, j'avais l'étrange sensation que ces rires étaient réels, on aurait même dit qu'une légère mélodie les accompagnait : ce qui me tira de mon sommeil…
Le soleil était haut dans le ciel, il n'y avait pas un seul nuage. Il devait être aux alentours de midi. Étourdi par mon drôle de songe, je ne savais quoi penser ; hormis le pépiement des oiseaux, les cris des animaux, le frémissement des feuilles dans les arbres et le murmure du vent, il n'y avait aucune autre personne que moi dans cette forêt, j'étais pensif. Cela avait l'air tellement réel, si réel que j'aurais pu apercevoir la personne qui riait de cette façon, un rire si mélodieux, si magique…
Après m'être remis de mes émotions, j'entrepris de chercher à manger, tout en continuant à essayer de rejoindre l'Amazone. En chemin, je réussis à trouver quelques fruits : des mangues, des papayes, des kiwis, des baies sauvages et d'autres agrumes… Je continuai ainsi, à marcher, en essayant de me repérer, au cœur des bois, sans parvenir à un quelconque résultat de toute la journée.
La nuit commençait à tomber et je me mis en quête d'un abri. Et après de nombreux tours et détours, je dénichai enfin un autre arbre creux similaire à celui du matin. Il faisait nuit maintenant, j'étais épuisé mais un peu moins inquiet que la nuit précédente puisque c'était un soir de pleine lune et que je pouvais percevoir plus ou moins clairement ce qui se passait autour de moi. Je réfléchissais aussi : je passai ma deuxième nuit à la belle étoile, je commençai à avoir soif et malgré tous les fruits que j'avais pu manger dans la journée j'avais aussi très faim. Ma fuite ne pouvait pas durer éternellement, il fallait que je me rende à Santarém à tout prix, et vite.
Je passai une nuit plutôt agitée. Je me réveillai plusieurs fois dans la nuit, à cause de tous les bruits surprenants et effrayants que j'entendis. Je me réveillai aussi un peu avant le lever du jour. D'ailleurs, je n'arrivai plus à me rendormir, je ne bougeai pas, je rêvassais ; puis, au bout d'un certain temps, j'entendis de nouveau les rires de mon rêve précédent, rires qui me tirèrent de ma torpeur. Mes sens furent tout à coup en alerte et je me demandais si c'était le fruit de mon imagination ou si c'était bien réel. Mais cette fois je ne rêvais pas, on aurait dit que ces rires m'étaient destinés, une sorte d'appel pour que je les suive. En prêtant l'oreille, j'entendis un son sourd qui me semblait familier. C'était un bruit caractéristique, que je connaissais bien, c'était ce bruit que je recherchais depuis la première nuit, un bruit d'eau, comme s'il pleuvait à torrent, j'avais enfin retrouvé l'Amazone !!
Fou de joie, je bondis hors de l'arbre creux et je me dirigeai vers ce son, lentement, car il faisait encore très sombre, m'arrêtant tous les deux à trois mètres pour vérifier si je suivais toujours le bon chemin. Au bout d'un certain temps, j'aperçus une lueur lointaine, les premiers rayons de soleil ? Un feu ? Je ne savais pas, quoiqu'il en soit, attiré comme un aimant et mystérieusement guidé, j'allai droit vers cette lumière en faisant complètement abstraction du son qui m'intéressait. Peu de temps après, j'arrivai jusqu'à cette lueur, j'étais tellement heureux !! Mais plus je m'approchais et plus elle était forte, tellement lumineuse que je n'y voyais plus rien, j'étais complètement aveuglé… Malgré tout et tant bien que mal, dans un élan d'euphorie, je sautai à travers les ronces et les buissons épais et puis, un grand vide, je ne me souviens plus de rien…
Je me réveillai dans un endroit absolument paradisiaque, au bord d'un lac ceinturé d'une forêt. Un étrange sentiment de bien-être m'envahissait. J'étais allongé et je ressentais une légère douleur au pied mais mon attention était ailleurs. En observant autour de moi, je m'aperçus que la faune et la flore étaient véritablement surnaturelles : je voyais des arbres dont l'entortillement des branches formait des petites cavités, comme des maisonnettes, avec un feuillage vert émeraude scintillant ; des oiseaux multicolores et leurs petits, des poissons aux écailles lumineuses, des batraciens, des reptiles de toutes sortes et des animaux si étranges, que je n'avais jamais vus auparavant … On aurait dit un monde magique, un écosystème. Tout était calme et paisible. Et puis, j'étais là, moi, au milieu de ce petit univers. Mais pas tout seul … J'étais entouré de centaines de petits insectes volants, comme s'ils faisaient une ronde, certains d'entres eux ressemblaient fortement à des papillons, d'autres plus à des libellules... Je me relevai lentement pour m'asseoir et les observer. Les papillons virevoltaient autour de moi à grande vitesse. J'en apercevais furtivement les couleurs et les formes, ils étaient vraiment superbes. On aurait dit qu'ils scintillaient, comme des vers luisants, mais chacun d'entre eux avait une couleur différente. Les uns dans des tons très pastels et les autres dans des tons plus ou moins vifs… J'approchai ma main pour essayer de les effleurer, mais ils s'écartèrent. Je restai immobile un moment, en tendant le bras, pour voir si ces petits insectes insolites voulaient se poser sur moi, mais rien à faire, on aurait dit qu'ils se méfiaient de moi, et qu'ils me comprenaient. C'était une sensation bizarre. J'étais abasourdi, je n'avais jamais entendu parler de cette espèce de papillons auparavant, ni dans les livres, ni en classe. A croire que c'était une variété inconnue…
Et soudain, une petite voix douce et mélodieuse s'éleva du nuage de papillons et me questionna d'un air déterminé : "- Qui es-tu ? Totalement désorienté, je lui répondis : - Euh… Je m'appelle Paolo… - Comment es-tu arrivé là ? - Euh….. Je ne sais pas… - Tu ne devrais pas être ici, tu n'as pas le droit, c'est interdit aux humains ici ! - Euh….. J'étais inquiet… - Attends, dit une autre petite voix aussi mélodieuse que la première, il a peut-être une bonne raison de se trouver ici, nous devrions en discuter… Et puis… En ce moment… On ne sait jamais… D'un ton tout à coup apaisé, elle lui répondit : - Oui, c'est juste, tu as raison… " Visiblement, je n'étais pas le bienvenu… Mais je ne comprenais pas, qui donc me parlait ? Ce n'était pas un des papillons quand même !! Eh bien, si, justement. Au moment où j'entendis la première petite voix, tous les autres papillons s'immobilisèrent et je découvris… [...]
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