~ Dernière séance ~
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Comme chaque soir depuis plus de cinquante ans, le vieil Alfred grimpe difficilement les quelques marches de l'escalier qui le mène à sa « Marie », la vieille projectionneuse du cinéma. C'est une antiquité qu'il a acheté à l'époque avec toutes les économies de la famille. Et aujourd'hui, seule une personne au doigté délicat comme lui parvient à percer les caprices de la dame.
La séance du soir vient de s'achever, il n'y a plus personne à l'intérieur de la salle et les portes sont bouclées. Alfred est maintenant dans la salle de projection. Il regarde sa machine d‘un air rêveur avant d'aller retirer les bobines pour les ranger. L'armoire regorge de chefs d'œuvres, rangés par années, mais pour lui, le plus grand chef d'œuvre de sa collection est sans nul doute le petit film qu'il garde précieusement dans un tiroir fermé à clé. C'est l'œuvre de sa vie, le seul souvenir de sa fille… Dans une ville toujours plus grande… Cécilia… Son enfant, sa douce merveille qui disait toujours en riant qu'une bonne fée veillait sur eux. Mais cette bonne fée ne l'a pas sauvée de cet accident qui lui fut fatal…
Alfred est aujourd'hui un vieux bonhomme que la vie n'a pas épargné. Faire vivre ces films est le seul bonheur que la vie lui apporte et voir tous ces gens émerveillés à chaque séance le rempli de joie malgré tout.
Mais ce soir, au lieu de s'en aller comme tous les soirs, il décide de visionner le court-métrage de sa fille. Il ouvre le tiroir, prend délicatement la bobine et la place lentement sur la « Marie ». Son cœur se serre, cela fait si longtemps qu'il ne la pas vue… Il s'installe près de la lucarne et regarde l'écran. Un jardin rempli de fleurs, une femme, une petite fille… Le portrait d'une famille heureuse et épanouie. La petite fille joue, sourit, tout semble idyllique. Jusqu'à ce qu'elle s'élance en courant vers la caméra. C'est à ce moment-là qu'Alfred s'effondre en larmes. Une douleur atroce vient de se réveiller. Vive, elle détruit son âme. Son palpitant, lui, fonctionne à plein régime. Trop peut-être… Il s'agenouille. Il souffre. Et s'écroule…
Allongé sur le sol, il pense : « - Cécilia, tu es si belle !!! » A cet instant, le film se fige, comme si le temps s'arrêtait, comme si plus rien n'avait d'importance et une voix lui répond : « - Papa, rejoins-moi, tu me manque tu sais. Alfred, surpris, bredouille : - Je... Je ne peux pas… - Donnez-moi la main Alfred… » Alfred se retourne, à côté de lui se trouve une jeune femme qui lui tend la main. Sans comprendre pourquoi ni comment, il accepte l'invitation et un instant plus tard, il se retrouve près de Cécilia…
Le lendemain dans les journaux, on peut lire dans un petit encadré : « Alfred Jones, le projectionniste du Magic, âgé de 87 ans à été retrouvé mort dans son cinéma. Son décès est probablement dû à une crise cardiaque. Les obsèques auront lieu mercredi à 10h. »
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